Dans la vigne, les troubles musculo-squelettiques ne viennent pas d'un effort unique et spectaculaire : ils s'installent sur des gestes ordinaires répétés toute l'année, de la taille à la vendange. Le matériel de récolte n'en règle qu'une partie — mais c'est la partie la plus simple à corriger, et la seule qui se règle en une commande.

Ce que la vigne demande au corps

La première idée fausse est que la vigne fatigue surtout en septembre. Les publications de prévention disent l'inverse : les tâches qui exposent le plus sont réparties sur toute l'année. La taille en hiver, le tirage des sarments, l'attachage, l'épamprage, le relevage des fils — chacune impose des gestes répétés des milliers de fois par journée, souvent avec les bras au niveau ou au-dessus des épaules, et le poignet en tension sur un outil.

C'est cette accumulation qui compte, pas la charge. Un sarment ne pèse rien ; le tirer trois mille fois dans la journée, si. La mécanisation a allégé une partie du travail viticole sans supprimer ces gestes-là, et la MSA place la viticulture parmi les filières agricoles les plus concernées par les troubles musculo-squelettiques reconnus.

Source : Troubles musculosquelettiques, MSA — Santé Sécurité en Agriculture

La vendange, quelques semaines qui concentrent tout

La vendange manuelle n'est donc pas la tâche la plus exposante de l'année prise isolément. Elle a en revanche une particularité qui la rend déterminante : elle concentre en quelques semaines des journées longues, une cadence soutenue, et une main-d'œuvre qui, pour une bonne part, découvre le geste le premier matin. Le corps n'a pas le temps de s'y adapter progressivement, contrairement à une équipe permanente qui taille tout l'hiver.

Le geste lui-même combine deux contraintes distinctes, et les confondre fait acheter le mauvais matériel. La première est la flexion vers la souche : les grappes sont basses, plus encore sur une vigne conduite en gobelet, et il faut descendre les chercher. La seconde est le déplacement de la récolte : remplir un contenant, puis l'amener jusqu'à la hotte, au porteur ou à la benne. Ce sont deux problèmes différents, et un seul des deux se règle avec un panier.

Ce que le contenant change, et ce qu'il ne change pas

C'est ici que le matériel agit réellement. Un seau posé au sol entre les ceps est une destination : à chaque grappe coupée, il faut se pencher vers lui, puis se redresser. Sur une journée, ce mouvement s'ajoute à la flexion déjà imposée par la vigne, et il double le nombre de fois où le dos travaille. Porté devant le buste, le même contenant suit le corps au lieu d'être un point de retour.

Manière de tenir la récolteCe que cela supprimeCe que cela laisse entier
Seau posé au sol entre les ceps Rien : le seau reste une destination La flexion vers la souche ET la flexion vers le seau
Seau porté en ventral, sangle ou harnais La flexion vers le seau, à chaque grappe La flexion vers les grappes basses
Hotte portée dans le dos Les allers-retours du coupeur vers la benne Une charge lourde à porter : c'est un rôle de transport, pas de coupe
Contenant tenu à la main Rien, et occupe une main Tout, plus la fatigue du bras porteur

La ligne à retenir est la deuxième, et sa colonne de droite autant que celle du milieu. Le portage ventral supprime une flexion sur deux. Sur une vigne palissée, où les grappes sont à hauteur de cuisse ou de hanche, c'est l'essentiel du problème. Sur une vigne en gobelet, où la récolte se fait très bas, le gain est réel mais partiel : le contenant ne relève pas les grappes. Un fabricant qui prétendrait le contraire vous vendrait une déception.

Le second effet est moins visible et souvent plus décisif à l'usage : les deux mains restent libres. Une main tient la grappe, l'autre coupe. Le sécateur ne se repose plus entre deux gestes, le remplissage devient continu, et la cadence tient plus longtemps dans l'après-midi — parce qu'on ne dépense plus d'énergie à se redresser entre chaque coupe.

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Vous préparez une campagne de vendange ?

Dites-nous comment votre vigne est conduite et combien de personnes vous équipez : nous vous dirons quel format et quel portage tiennent la journée entière.

Les leviers qui ne s'achètent pas

Le matériel est un levier parmi d'autres, et probablement pas le premier. Les démarches de prévention menées dans les exploitations viticoles avec les caisses de MSA et les associations régionales pour l'amélioration des conditions de travail portent au moins autant sur l'organisation du chantier que sur l'équipement. Voici ce qui y revient le plus souvent, et qui ne coûte qu'un peu de préparation.

  1. Alterner les tâches dans la journée. Un coupeur qui reste coupeur huit heures répète exactement le même geste. Faire tourner les rôles entre coupe, portage et vidage casse la répétition, qui est le premier facteur en cause.
  2. Rapprocher les points de vidage. Plus la benne est loin, plus le contenant se remplit longtemps avant d'être vidé, et plus il est porté lourd. La longueur des rangs et l'emplacement du porteur se décident avant le premier matin, pas pendant.
  3. Régler la hauteur de vidage. Vider un seau au-dessus d'un rebord haut oblige à lever la charge à bout de bras. Une comporte plus basse ou un marchepied stable supprime le geste le plus contraignant de la journée.
  4. Prendre le premier matin pour montrer le geste. Une saisonnière ou un saisonnier qui découvre la vendange apprendra sa posture de quelqu'un : autant que ce soit du chef d'équipe plutôt que du voisin de rang. Régler les harnais à ce moment-là évite qu'ils soient portés mal ajustés toute la campagne.
  5. Traiter la chaleur comme une contrainte de plus. Les campagnes précoces se déroulent désormais en plein été. La fatigue thermique dégrade la posture avant de dégrader la cadence, et les horaires décalés en début de journée sont d'abord une mesure de prévention.

Source : Comment prévenir les troubles musculo-squelettiques en viticulture, MSA

Source : Prévenir les troubles musculosquelettiques en viticulture, Anact

Équiper une équipe pour la campagne

Un point pratique que l'on découvre toujours trop tard : un portage se règle par personne, pas par équipe. Les gabarits varient, et un harnais ajusté pour quelqu'un d'autre se porte mal. Prévoir le réglage au moment de la distribution du matériel, et non en début de rang, prend dix minutes une seule fois et se rattrape dans la journée.

Le reste tient en trois habitudes. Attribuer le matériel nominativement, pour que chacun retrouve le sien réglé le lendemain. Garder quelques sangles et harnais d'avance, parce qu'une pièce de portage se casse toujours au pire moment et qu'un remplacement se commande mal en pleine campagne. Et prévoir le nettoyage : un contenant à paroi lisse se rince au jet, ce qui n'est pas un détail d'hygiène quand le même seau sert le lendemain matin.

Questions fréquentes

La vendange est-elle la principale cause de TMS dans la vigne ?
Non. Les tâches les plus citées dans les publications de prévention sont la taille, le tirage des sarments, l'attachage, l'épamprage et le relevage — des travaux d'hiver et de printemps, répétés sur des mois. La vendange concentre en revanche des journées longues et une main-d'œuvre peu habituée au geste, ce qui en fait le moment où les défauts d'organisation se paient le plus vite.
Un panier ventral prévient-il les troubles musculo-squelettiques ?
Il supprime un geste — la flexion répétée vers un contenant posé au sol — et c'est un gain réel. Cela ne fait pas de lui un moyen de prévention à lui seul, encore moins un dispositif de santé. La prévention combine organisation, alternance des tâches, temps de récupération et matériel.
Sangle ou harnais pour la vendange ?
Le harnais dès que la journée entière est concernée : il répartit la charge sur les deux épaules et soulage la nuque, qui est le premier point de tension avec une sangle unique. La sangle convient aux sessions courtes et aux charges légères.
Quelle contenance pour un seau de vendange ?
Douze litres est le format le plus courant pour la coupe : assez pour ne pas passer sa journée à vider, assez peu pour rester portable plein. Un contenant plus grand se vide moins souvent mais se porte plus lourd, et la bonne contenance reste celle qu'on porte sans se cambrer.
La vigne en gobelet demande-t-elle un matériel différent ?
Le principe ne change pas, mais le gain est plus faible : les grappes sont très basses et la flexion vers la souche demeure. Un format un peu plus petit, porté haut sur le buste, gêne moins quand on travaille accroupi. Le portage ventral y reste utile, sans résoudre la posture de récolte elle-même.
À qui s'adresser pour un accompagnement sur la prévention ?
À votre caisse de MSA, qui dispose d'un service de santé et sécurité au travail et de documents spécifiques à la viticulture, et aux associations régionales pour l'amélioration des conditions de travail. Pour une douleur déjà installée, la question se pose avec un professionnel de santé, pas avec un fabricant de matériel.
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