En agriculture, un exosquelette agit sur la posture et sur l'effort du geste ; un panier porté devant soi agit sur l'endroit où va la récolte. Pour l'agriculteur, le bon choix dépend donc du métier et du geste en cause : dos courbé en maraîchage, bras levés au verger, les deux à la vigne. Ce sont deux problèmes différents, et les confondre fait acheter le mauvais matériel. Le coût d'un exosquelette varie surtout selon qu'il est passif ou motorisé ; la MSA propose des aides à la prévention et un accompagnement, et un essai d'au moins quinze jours sur le poste réel est recommandé avant l'achat.

Ce qu'un exosquelette cherche à soulager

L'INRS range les exosquelettes parmi les technologies d'assistance physique au travail d'un opérateur. Le principe est de reprendre à son compte une partie de l'effort ou du maintien d'une posture : soutenir les bras quand ils travaillent au-dessus des épaules, accompagner le tronc quand il se penche, réduire la sollicitation liée à un geste répété.

En agriculture, trois usages sont cités : le port de charge, l'amplification de l'effort et les tâches répétitives. Les dispositifs se distinguent surtout par la partie du corps qu'ils assistent — le dos d'un côté, les membres supérieurs de l'autre — et ce détail commande tout le reste, parce qu'un modèle conçu pour les bras levés ne fait rien pour une flexion du tronc.

Ce que dit l'INRS avant l'achat

Deux points, publics et vérifiables, méritent d'être connus avant toute décision, et ils ne viennent pas de nous : ils viennent de l'institut chargé de la prévention des risques professionnels.

Le premier concerne le statut réglementaire. Pour qu'un exosquelette relève des équipements de protection individuelle, il faudrait démontrer son efficacité contre un risque identifié pour la santé ou la sécurité. L'INRS indique qu'à ce jour aucun fabricant n'est connu pour revendiquer ce statut ni pour s'être engagé dans une démarche de certification en ce sens. Un exosquelette est donc un équipement de travail, pas un moyen de protection réglementé.

Le second concerne l'efficacité. L'objectif recherché est de réduire le risque de troubles musculo-squelettiques ; l'INRS écrit qu'il n'existe pas, à ce jour, de preuve scientifique établie de l'efficacité de ces technologies pour réduire ces risques. Cela n'en fait pas de mauvais outils : cela veut dire que l'évaluation se fait au cas par cas, sur le poste réel, et non sur une promesse générale.

Source : Exosquelettes — foire aux questions, INRS

C'est pourquoi l'institut propose une démarche structurée, qui part de la définition du besoin d'assistance physique et va jusqu'à l'intégration du dispositif en situation réelle de travail, complétée par un guide destiné à aider les entreprises à identifier et évaluer le modèle adapté à leur besoin. Autrement dit : la question n'est pas « quel exosquelette est le meilleur » mais « quel geste, sur quel poste, veut-on assister ».

Source : Un nouveau guide pour aider les entreprises à sélectionner un exosquelette, INRS

Vigne et verger : où la question se pose

Le sujet n'est pas théorique dans nos filières. En viticulture, les publications de prévention relèvent que plusieurs familles de dispositifs retiennent l'intérêt des entreprises, au niveau du dos comme des membres supérieurs. En arboriculture et en vigne palissée haute, le travail bras levés revient comme l'une des expositions les plus citées pour l'épaule — et c'est précisément le geste sur lequel aucun contenant, ventral ou non, n'a de prise.

Source : L'exosquelette en viticulture : j'y vais ? j'y vais pas ?, MSA — Matevi

L'enseignement le plus utile ne porte d'ailleurs pas sur le matériel mais sur la méthode. De décembre 2021 à juin 2022, une action collective conduite en Gironde par la caisse de MSA et l'association régionale pour l'amélioration des conditions de travail a doté des entreprises viticoles d'outils d'étude et d'analyse, avec un objectif explicite : structurer un protocole d'évaluation tenant compte des besoins de santé et des objectifs de performance, pour sécuriser l'achat. Le protocole avant le catalogue.

Source : Introduction des exosquelettes en viticulture, CPHSCT de la Gironde

À quoi ça sert, selon le métier

Un exosquelette agricole n'est pas un équipement unique : les modèles se distinguent par la partie du corps qu'ils assistent, et c'est le métier qui dit laquelle compte. La MSA d'Auvergne décrit ainsi les modèles lombaires comme destinés aux tâches manuelles à la vigne ou en maraîchage, et rappelle que leur port connaît des contre-indications et passe par un avis médical.

Source : Infos santé-sécurité au travail, juin 2023, MSA Auvergne

MétierGeste le plus pénible à la récolteFamille d'assistance concernéeCe que change un contenant ventral
Maraîchage Travail courbé au ras du sol : plantation, désherbage, récolte des légumes bas Assistance dorsale, qui accompagne la flexion du tronc Évite d'aller poser chaque poignée dans une caisse au sol ; la flexion vers la plante demeure
Vigne Flexion vers les grappes basses, bras tendus sur les rangs palissés hauts Assistance dorsale ou des membres supérieurs, selon le poste Supprime la flexion vers le seau et libère les deux mains pour couper
Verger Cueillette bras levés, au-dessus des épaules Assistance des membres supérieurs Libère les deux mains ; ne change rien à la hauteur des fruits

En maraîchage diversifié, une station expérimentale a passé une série d'équipements au crible de grilles de pénibilité. Tous amélioraient le score global, mais certains déplaçaient la contrainte plutôt que de la supprimer, par exemple du dos vers les épaules. C'est l'argument le plus solide en faveur de l'essai sur le poste réel : le bénéfice se juge sur la journée entière, pas sur le seul geste visé.

Source : Peut-on réduire la pénibilité du travail en maraîchage diversifié ?, Pleinchamp

À la vigne et au verger, la logique est la même. Le geste bras levés relève des modèles d'assistance des membres supérieurs ; la flexion répétée vers un récipient posé au sol relève d'abord du contenant, qui se change sans démarche d'évaluation. Pour un agriculteur qui hésite, le tableau ci-dessus sert de point de départ, et la section suivante détaille ce partage.

Deux problèmes qu'on confond souvent

Sur un chantier de récolte, ce qui pèse dans la journée se décompose en quelques contraintes distinctes. Les mettre côte à côte montre tout de suite que l'assistance physique et le contenant n'agissent pas au même endroit.

Ce qui pèse dans la journéeCe qu'une assistance physique adresseCe qu'un contenant ventral adresse
Travailler bras levés pour cueillir en hauteur C'est l'usage principal des modèles d'assistance des membres supérieurs Rien : un panier ne relève pas les bras
Se pencher vers un seau posé au sol, des centaines de fois Une assistance dorsale accompagne la flexion, elle ne la supprime pas Le geste disparaît : le contenant suit le corps au lieu d'être une destination
Occuper une main à tenir le récipient Rien : la main reste occupée Les deux mains restent libres pour cueillir
Porter la récolte jusqu'au point de vidage Rien Rien non plus : cela relève de l'organisation du chantier

La recommandation est nette, et elle tient en une phrase. Si votre difficulté est la flexion répétée vers un contenant posé au sol et la main occupée à le tenir, c'est le contenant qu'il faut changer : c'est la correction la plus simple, la plus immédiate, et elle ne demande aucune démarche d'évaluation. Si votre difficulté est le travail bras levés ou une posture maintenue sur des tâches d'hiver, aucun panier n'y répondra, et c'est là que la question de l'assistance physique se pose légitimement — dans la démarche décrite plus haut, pas sur un coup de tête au salon.

K-9 Seau à vendange et de cueillette de 12L K-3 Panier de récolte ventral de 15L K-2 Seau de cueillette de 12L

Vous cherchez d'abord à supprimer la flexion vers le seau ?

Dites-nous ce que vous récoltez, comment la parcelle est conduite et combien de personnes vous équipez : nous vous dirons quel format et quel portage tiennent la journée entière.

Prix : ce qui fait varier le coût

Il n'existe pas un prix de l'exosquelette agricole, et nous ne citerons aucun montant : les écarts tiennent à la conception même des appareils. Pour une estimation, ce sont les fabricants et les distributeurs qui répondent, sur un modèle et un usage précis. Ce qui fait varier le coût est en revanche connu.

FacteurCe qui change
Passif ou actif Un modèle passif fonctionne avec des matériaux élastiques ou des ressorts ; un modèle actif utilise une énergie électrique et des moteurs ou des vérins
Zone assistée Dos, épaules et bras, ou les deux : ce ne sont pas les mêmes appareils
Robustesse Les modèles solides sont plus lourds, les modèles légers plus fragiles
Usure Certaines pièces s'usent au fil des cycles de mouvement et se remplacent
Réglages et utilisateurs Un exosquelette s'ajuste à la morphologie de chacun : partagé entre plusieurs personnes, il se règle à chaque fois
Service après-vente En cas de casse ou de panne, ce qui est prévu pèse autant que l'appareil

Source : Un exosquelette, c'est comme une chaussure : il faut l'essayer, Pleinchamp

Le coût se juge enfin au regard des autres solutions. Parmi les questions que la MSA invite à se poser avant l'achat figure celle-ci : parmi tous les aménagements possibles, lesquels sont les plus bénéfiques à la santé compte tenu de leur coût ?

Aides et financement

En agriculture, la prévention des risques professionnels relève de la MSA, qui intervient pour la santé et la sécurité au travail des exploitants, des salariés et des employeurs agricoles. Elle propose deux aides financières simplifiées, qui associent l'accompagnement d'un conseiller en prévention et une participation à l'investissement :

  • l'AFSE, Aide financière simplifiée exploitant, pour les exploitants sans salarié ou employant moins d'un demi-équivalent temps plein ;
  • l'AFSA, Aide financière simplifiée agricole, pour les très petites entreprises agricoles employeuses.

Source : L'AFSE, un accompagnement technique et financier, MSA

Source : L'AFSA, Aide financière simplifiée agricole, MSA

Ces aides financent un projet d'amélioration des conditions de travail, pas un appareil en particulier : les exemples publiés par la MSA vont d'un système de contention à des sièges roulants pour la taille de la vigne. Elles supposent notamment d'être à jour de ses cotisations et d'avoir réalisé, ou de s'engager à réaliser, le document unique d'évaluation des risques. Les conditions et les plafonds évoluent et varient selon les caisses : savoir si un exosquelette est éligible, et dans quelle mesure, se vérifie auprès du service santé-sécurité au travail de sa MSA, de préférence avant d'acheter.

Comment essayer avant d'acheter

La formule revient chez les médecins du travail de la MSA : un exosquelette, c'est comme une chaussure, il faut l'essayer. Lors d'un essai conduit en viticulture par la MSA du Languedoc, 33 participants ont testé trois modèles pendant quelques jours chacun avant de retenir celui de la suite de l'essai.

  1. Faire le point sur sa santé avec un professionnel en cas de gêne ou de douleur : certains modèles ont des contre-indications, et un avis médical peut être recommandé.
  2. Préciser la tâche pour laquelle l'appareil servira, et celle pour laquelle il faudra l'enlever : un modèle adapté à un geste ne l'est pas forcément au suivant.
  3. Tester en situation réelle, assez longtemps. La MSA Mayenne-Orne-Sarthe recommande quinze jours ou plus ; plusieurs jours peuvent être nécessaires pour parfaire les réglages. Se déplacer, monter, passer sans s'accrocher font partie du test.
  4. Comparer plusieurs modèles quand c'est possible, en demandant au fabricant ou au distributeur les conditions d'un essai sur le poste.
  5. Faire le bilan : les gênes de départ ont-elles reculé, d'autres sont-elles apparues, quel effet sur le travail ?

Source : Exosquelette : lever les doutes avant de lever les bras, MSA Mayenne-Orne-Sarthe

Dans quel ordre poser la question

Un exosquelette est un investissement qui engage, et l'expérience des démarches collectives montre qu'il se décide en dernier, une fois le reste examiné. Voici l'ordre qui évite d'acheter une réponse à un problème qu'on n'a pas.

  1. Décrire le geste réellement en cause. Bras levés, flexion du tronc, poignet en tension, station debout prolongée : ce ne sont pas les mêmes expositions, et elles n'appellent pas les mêmes réponses. Une plainte de « mal de dos » recouvre au moins trois situations distinctes.
  2. Regarder ce qui se règle par l'organisation. Alterner les rôles dans la journée, rapprocher les points de vidage, abaisser la hauteur à laquelle on vide : ces leviers ne coûtent qu'un peu de préparation et agissent sur la répétition, qui est le premier facteur en cause.
  3. Traiter la partie contenant. C'est la seule qui se règle en une commande. Le portage ventral supprime la flexion vers le récipient et libère les deux mains ; il ne fait rien pour la hauteur de cueillette, et nous n'avons aucun intérêt à laisser croire l'inverse.
  4. N'envisager l'assistance physique qu'ensuite. Avec un protocole d'évaluation sur le poste réel, l'appui de votre caisse de MSA et les repères méthodologiques publiés par l'INRS. Un essai en conditions de travail vaut mieux que toutes les fiches produits.

Un mot sur le vocabulaire, parce qu'il fait souvent dévier la décision. Le « port de charge » cité plus haut parmi les usages agricoles de l'assistance physique évoque la caisse lourde qu'on soulève à deux mains ; en récolte manuelle, il recouvre tout autre chose. La charge unitaire y est faible — un contenant de 10 à 15 litres et quelques poignées de fruits à la fois — mais elle est soutenue et reprise pendant des heures, et le cadre réglementaire de la manutention manuelle commence justement par chercher à éviter le geste et à en réduire la répétition, avant de parler de kilos. Conclure qu'il n'y a pas de sujet parce que rien n'est lourd, c'est passer à côté du levier le plus accessible : ce que décrit, segment par segment et du fruit jusqu'à la benne, le guide du port de charge en agriculture.

Questions fréquentes

À quoi sert un exosquelette agricole ?
À reprendre une partie de l'effort ou du maintien d'une posture : soutenir les bras quand ils travaillent au-dessus des épaules, au verger ou sur une vigne palissée haute, ou accompagner le tronc dans les tâches courbées, en maraîchage ou à la vigne. Chaque modèle assiste une zone précise du corps : il se choisit sur le geste en cause.
Quel est le prix d'un exosquelette agricole ?
Il varie fortement selon que le modèle est passif, à ressorts ou matériaux élastiques, ou actif, motorisé, et selon sa robustesse, son usure et le service après-vente. Seuls les fabricants et distributeurs peuvent chiffrer un modèle pour un usage donné ; la MSA aide à le mettre en regard des autres aménagements possibles.
Existe-t-il des aides pour acheter un exosquelette ?
La MSA propose des aides financières simplifiées à la prévention : l'AFSE pour les exploitants sans salarié ou presque, l'AFSA pour les très petites entreprises employeuses. Elles financent un projet d'amélioration des conditions de travail, avec un conseiller en prévention. L'éligibilité d'un exosquelette et le montant se vérifient auprès de sa caisse, avant l'achat.
Un exosquelette est-il remboursé ?
Ce n'est pas un soin mais un équipement de travail, selon l'INRS : on ne parle donc pas de remboursement. Le financement possible passe par les aides à la prévention de la MSA pour les exploitations agricoles.
Comment essayer un exosquelette avant de l'acheter ?
En situation réelle, sur le poste, et assez longtemps : la MSA Mayenne-Orne-Sarthe recommande quinze jours ou plus, le temps de parfaire les réglages. Comparer plusieurs modèles quand c'est possible, et faire le point avec un professionnel de santé en cas de douleur.
Un exosquelette remplace-t-il un panier de récolte ?
Non, les deux n'agissent pas au même endroit. Une assistance physique intervient sur la posture et sur l'effort du corps ; le contenant décide de l'endroit où va la récolte, donc du nombre de fois où l'on se penche et du nombre de mains disponibles pour cueillir. Une exploitation peut très bien avoir besoin des deux, ou n'avoir besoin que du second.
Le portage ventral suffit-il quand on cueille bras levés ?
Non, et il vaut mieux le dire. Un panier porté devant soi supprime la flexion vers le contenant et libère les deux mains, ce qui aide à tenir la cadence, mais il ne change rien à la hauteur à laquelle se trouvent les fruits. Sur une récolte en hauteur, le gain est réel et partiel.
Un exosquelette est-il utile en maraîchage ?
La question se pose surtout pour les tâches courbées au ras du sol : plantation, désherbage, récolte des légumes bas. C'est le domaine des modèles d'assistance dorsale, et la pénibilité du maraîchage diversifié fait l'objet de travaux associant notamment la MSA, qui évaluent l'intérêt de ces assistances. La règle reste la même qu'en vigne : essayer sur le poste réel avant d'acheter. Pour la récolte elle-même, un contenant porté devant soi évite d'aller poser chaque poignée dans une caisse au sol ; il ne supprime pas la flexion vers le légume, qui reste au niveau de la plante.
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