Un exosquelette agit sur la posture et sur l'effort du geste ; un panier porté devant soi agit sur l'endroit où va la récolte. Ce sont deux problèmes différents, et les confondre fait acheter le mauvais matériel. Voici ce que chacun traite, et ce que l'INRS demande de vérifier avant d'engager l'achat d'une assistance physique.
Ce qu'un exosquelette cherche à soulager
L'INRS range les exosquelettes parmi les technologies d'assistance physique au travail d'un opérateur. Le principe est de reprendre à son compte une partie de l'effort ou du maintien d'une posture : soutenir les bras quand ils travaillent au-dessus des épaules, accompagner le tronc quand il se penche, réduire la sollicitation liée à un geste répété.
En agriculture, trois usages sont cités : le port de charge, l'amplification de l'effort et les tâches répétitives. Les dispositifs se distinguent surtout par la partie du corps qu'ils assistent — le dos d'un côté, les membres supérieurs de l'autre — et ce détail commande tout le reste, parce qu'un modèle conçu pour les bras levés ne fait rien pour une flexion du tronc.
Ce que dit l'INRS avant l'achat
Deux points, publics et vérifiables, méritent d'être connus avant toute décision, et ils ne viennent pas de nous : ils viennent de l'institut chargé de la prévention des risques professionnels.
Le premier concerne le statut réglementaire. Pour qu'un exosquelette relève des équipements de protection individuelle, il faudrait démontrer son efficacité contre un risque identifié pour la santé ou la sécurité. L'INRS indique qu'à ce jour aucun fabricant n'est connu pour revendiquer ce statut ni pour s'être engagé dans une démarche de certification en ce sens. Un exosquelette est donc un équipement de travail, pas un moyen de protection réglementé.
Le second concerne l'efficacité. L'objectif recherché est de réduire le risque de troubles musculo-squelettiques ; l'INRS écrit qu'il n'existe pas, à ce jour, de preuve scientifique établie de l'efficacité de ces technologies pour réduire ces risques. Cela n'en fait pas de mauvais outils : cela veut dire que l'évaluation se fait au cas par cas, sur le poste réel, et non sur une promesse générale.
Source : Exosquelettes — foire aux questions, INRS
C'est pourquoi l'institut propose une démarche structurée, qui part de la définition du besoin d'assistance physique et va jusqu'à l'intégration du dispositif en situation réelle de travail, complétée par un guide destiné à aider les entreprises à identifier et évaluer le modèle adapté à leur besoin. Autrement dit : la question n'est pas « quel exosquelette est le meilleur » mais « quel geste, sur quel poste, veut-on assister ».
Source : Un nouveau guide pour aider les entreprises à sélectionner un exosquelette, INRS
Vigne et verger : où la question se pose
Le sujet n'est pas théorique dans nos filières. En viticulture, les publications de prévention relèvent que plusieurs familles de dispositifs retiennent l'intérêt des entreprises, au niveau du dos comme des membres supérieurs. En arboriculture et en vigne palissée haute, le travail bras levés revient comme l'une des expositions les plus citées pour l'épaule — et c'est précisément le geste sur lequel aucun contenant, ventral ou non, n'a de prise.
Source : L'exosquelette en viticulture : j'y vais ? j'y vais pas ?, MSA — Matevi
L'enseignement le plus utile ne porte d'ailleurs pas sur le matériel mais sur la méthode. De décembre 2021 à juin 2022, une action collective conduite en Gironde par la caisse de MSA et l'association régionale pour l'amélioration des conditions de travail a doté des entreprises viticoles d'outils d'étude et d'analyse, avec un objectif explicite : structurer un protocole d'évaluation tenant compte des besoins de santé et des objectifs de performance, pour sécuriser l'achat. Le protocole avant le catalogue.
Source : Introduction des exosquelettes en viticulture, CPHSCT de la Gironde
Deux problèmes qu'on confond souvent
Sur un chantier de récolte, ce qui pèse dans la journée se décompose en quelques contraintes distinctes. Les mettre côte à côte montre tout de suite que l'assistance physique et le contenant n'agissent pas au même endroit.
| Ce qui pèse dans la journée | Ce qu'une assistance physique adresse | Ce qu'un contenant ventral adresse |
|---|---|---|
| Travailler bras levés pour cueillir en hauteur | C'est l'usage principal des modèles d'assistance des membres supérieurs | Rien : un panier ne relève pas les bras |
| Se pencher vers un seau posé au sol, des centaines de fois | Une assistance dorsale accompagne la flexion, elle ne la supprime pas | Le geste disparaît : le contenant suit le corps au lieu d'être une destination |
| Occuper une main à tenir le récipient | Rien : la main reste occupée | Les deux mains restent libres pour cueillir |
| Porter la récolte jusqu'au point de vidage | Rien | Rien non plus : cela relève de l'organisation du chantier |
La recommandation est nette, et elle tient en une phrase. Si votre difficulté est la flexion répétée vers un contenant posé au sol et la main occupée à le tenir, c'est le contenant qu'il faut changer : c'est la correction la plus simple, la plus immédiate, et elle ne demande aucune démarche d'évaluation. Si votre difficulté est le travail bras levés ou une posture maintenue sur des tâches d'hiver, aucun panier n'y répondra, et c'est là que la question de l'assistance physique se pose légitimement — dans la démarche décrite plus haut, pas sur un coup de tête au salon.
Vous cherchez d'abord à supprimer la flexion vers le seau ?
Dites-nous ce que vous récoltez, comment la parcelle est conduite et combien de personnes vous équipez : nous vous dirons quel format et quel portage tiennent la journée entière.
Dans quel ordre poser la question
Un exosquelette est un investissement qui engage, et l'expérience des démarches collectives montre qu'il se décide en dernier, une fois le reste examiné. Voici l'ordre qui évite d'acheter une réponse à un problème qu'on n'a pas.
- Décrire le geste réellement en cause. Bras levés, flexion du tronc, poignet en tension, station debout prolongée : ce ne sont pas les mêmes expositions, et elles n'appellent pas les mêmes réponses. Une plainte de « mal de dos » recouvre au moins trois situations distinctes.
- Regarder ce qui se règle par l'organisation. Alterner les rôles dans la journée, rapprocher les points de vidage, abaisser la hauteur à laquelle on vide : ces leviers ne coûtent qu'un peu de préparation et agissent sur la répétition, qui est le premier facteur en cause.
- Traiter la partie contenant. C'est la seule qui se règle en une commande. Le portage ventral supprime la flexion vers le récipient et libère les deux mains ; il ne fait rien pour la hauteur de cueillette, et nous n'avons aucun intérêt à laisser croire l'inverse.
- N'envisager l'assistance physique qu'ensuite. Avec un protocole d'évaluation sur le poste réel, l'appui de votre caisse de MSA et les repères méthodologiques publiés par l'INRS. Un essai en conditions de travail vaut mieux que toutes les fiches produits.
Un mot sur le vocabulaire, parce qu'il fait souvent dévier la décision. Le « port de charge » cité plus haut parmi les usages agricoles de l'assistance physique évoque la caisse lourde qu'on soulève à deux mains ; en récolte manuelle, il recouvre tout autre chose. La charge unitaire y est faible — un contenant de 10 à 15 litres et quelques poignées de fruits à la fois — mais elle est soutenue et reprise pendant des heures, et le cadre réglementaire de la manutention manuelle commence justement par chercher à éviter le geste et à en réduire la répétition, avant de parler de kilos. Conclure qu'il n'y a pas de sujet parce que rien n'est lourd, c'est passer à côté du levier le plus accessible : ce que décrit, segment par segment et du fruit jusqu'à la benne, le guide du port de charge en agriculture.